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Emeutes massives en Grèce. Contestation du processus de Bologne (équivalent de la réforme LMD) en Espagne. Manifestations monstres en Italie. Mouvement lycéen très
important en France. Inutile de se voiler la face : l’Europe a un problème avec sa jeunesse. Et un grave. Le modèle latin ne lui laisse aucune place, lui brade diplôme et années d’études, et
la conduit à se révolter quand arrive le monde réel. Le modèle anglo-saxon certes laisse une place aux jeunes diplômés, qu’ils le soient en Droit, en Psychologie ou en Histoire de l’Art, mais met
des jeunes en prison à dix ans.
Dans le même temps, la jeunesse occidentale actuelle boit, boit, et boit beaucoup. Boire n’est plus un moyen, c’est devenu une fin. En fait non, ce n’est même pas boire qui est une fin, ni même l’ivresse, mais le bourrage de gueule, la gueule de bois et le vomissement. Cela vient d’American Pie sans doute (ce qui montre au passage que l’Europe a tendance à prendre les mauvaises choses des Etats-Unis, et à laisser les choses positives sur le coté), mais il n’y a guère besoin d’être docteur en psychologie pour se rendre compte que cette fuite en avant de la jeunesse occidentale a des causes sociales et psychologiques. On voit là l’échec d’un modèle, incapable de proposer à ses enfants un avenir qui leur paraisse convenable.
En fait, ces échecs sont les faillites des modèles économiques. La social-démocratie latine ne marche pas, le néolibéralisme ne marche plus (si tant est qu’il ait jamais marché, tant les inégalités produites étaient insupportables), ne reste que la social-démocratie scandinave, qui, à mon humble avis, ne peut marcher hors des pays du Nord car beaucoup trop contraignante.
Certains s’entêtent à prétendre que le marché à toujours raison, et que la crise actuelle est due à une intervention publique sur le marché immobilier. Mais ils oublient que toutes les études empiriques ont montrés que les marchés n’agissent absolument pas de façon rationnelle, mais sur des émotions et du mimétisme, et ils oublient que si les subprimes ont déclenchés la crise, elle est basée sur une stagnation des salaires et une paupérisation des classes moyennes. Et de toute façon, qu’on ne vienne pas me dire que le marché à toujours raison quand la spéculation provoque des émeutes de la faim dans les pays pauvres, ou quand le prix du pétrole passe de 140 à 38 dollars en quelques mois.
Le problème est que ceux-là tentent à tout prix de faire coller la réalité à l’idéologie, ils oublient que l’Homme est par essence un être imparfait et un être de désir, et que donc l’idéologie ne peut être appliquée totalement, sous peine de dériver dans le totalitarisme. Le dernier à avoir tenté d’adapter l’Homme à l’idéologie s’appelait Pol-Pot…
Nous sommes à un stade où nous n’avons plus de modèle économique théorique qui prétend marcher. Plus d’idéologie pour nous diriger. Plus de but à atteindre. Certains (Courrier International n°145, semaine du 11 au 17 décembre 2008) prônent un modèle totalement scientifique, où la science limiterait artificiellement la production pour la faire convenir aux nécessités écologiques. Ce modèle me semble être le moins mauvais possible, mais outre le fait que la science ne montre que ce qu’elle veut montrer, aboutirait à une dictature de la science insupportable.
D’autres, comme Emmanuel Todd, proposent un protectionnisme européen. Objectivement, c’est sans doute ce vers quoi on se dirige, un protectionnisme autour de grandes zones géographiques (Amérique du Nord, du Sud, Europe, Asie orientale, etc.) et un repli sur soi de ces zones. Mais, outre le fait que je me sens mal à l’aise face à une doctrine économique prônant ouvertement l’égoïsme, dut-il être européen, et que ça impliquerai de laisser crever les millions de gens habitant entre ces zones géographiques, il y a une chose qu’Emmanuel Todd oublie systématiquement : si un protectionnisme européen se met en place, ça se fera au détriment de la croissance chinoise.
Or, le pouvoir chinois actuel ne tient que par sa croissance extraordinaire. Si la croissance n’est plus là, le pouvoir chinois fera ce que font tous les pouvoirs depuis des
milliers d’années : il s’attaquera à l’ennemi extérieur pour faire taire les contestations intérieures. J’ignore quand ça arrivera, j’ignore contre qui, mais je suis sûr que si l’Europe met
en place une politique protectionniste, la Chine entrera en guerre. Ce sera peut-être contre l’Inde en une sorte de guerre punique un rien prématurée, contre la Russie pour s’emparer des immenses
réservoirs d’espaces et de ressources naturelles sibériens, contre le Japon pour flatter le nationalisme chinois, contre Taïwan pour récupérer l’île (même si je reste sceptique sur ce
point : l’armée chinoise a tout à fait les moyens d’écraser la flotte US d’Extrême-Orient, mais ça ne veut pas pour autant dire qu’elle a les moyens de procéder à un débarquement sur une île
de 23 millions de personnes), ou contre je ne sais pas qui d’autre. Mais bon, ce que je sais, c’est que la Troisième Guerre Mondiale (ou la cinquième, selon la façon dont on compte les choses) ne
me concernera pas. Je me contenterai de la regarder tranquillement assis devant ma télévision.
Mais, pour en revenir à mon sujet de base, cela n’arrange en rien les affaires de l’Occident. Entre les milliards de dollars de coût de la guerre en Irak et la crise économique actuelle, les Etats-Unis sont en train de perdre leur statut de puissance hégémonique. L’élection de Barack Obama, et le prestige dont il joui, permettra sans doute à la puissance américaine de se maintenir quatre ou huit années supplémentaires, mais nul doute que Barack Obama sera le dernier président impérial de l’Histoire des Etats-Unis.
Dans le même temps, l’Europe, encore divisée, est incapable de prendre la relève politique ou militaire, et la Russie est condamnée, si les choses ne bougent pas, à n’être dans quelques décennies qu’une grande étendue vide gérée par Gazprom.gouv.
Ajoutez à cela le fait que l’Europe subit actuellement un changement de population qui va probablement tuer la civilisation européenne : la faiblesse démographique des européens les condamnent à mourir, alors que dans le même temps, des millions d’immigrés venus d’Afrique et du Maghreb s’installent. Et pourquoi s’assimileraient-ils à l’Europe, alors que les européens sont de moins en moins nombreux ? Ils ont toutes les raisons du monde de rester eux-mêmes, pour devenir assez rapidement majoritaires. C’est moins vrai en France où la démographie n’est pas trop faible, mais des pays comme l’Allemagne sont condamnés à devenir des déserts sans immigration, et à devenir autre chose avec l’immigration.
Dans le meilleur des cas, cela se traduira par l’utopie multiculturaliste d’un continent où de très fortes minorités blanches et chrétiennes cohabiteront dans la paix et la bonne humeur avec une nouvelle majorité d’origine arabo-africaine à forte tendance musulmane, pour aboutir au final au métissage, à la laïcité et au fumage de joint pour tout le monde. Et, dans le cas, nettement plus probable selon moi, où, comme partout ailleurs dans l’Histoire et dans le monde, la cohabitation entre les communautés ne se passera pas bien, l’Europe sera une terre de guerres-civiles et de massacres interethniques. Et là, ça risque fort de me concerner directement…
Dans le même temps, il y a la crise écologique actuelle qui remet en cause tout notre modèle de développement. Même si on ne croit pas au réchauffement climatique, il est indéniable que nous consommons beaucoup plus que ce que la planète est capable de produire. Notre agriculture intensive nous permet de nous nourrir, certes, mais les pesticides sont responsables d’une baisse de la fertilité masculine de 50% depuis la Seconde Guerre Mondiale. Et arrive en plus la fin du pétrole. Qu’on accepte de le reconnaître ou non, le pétrole est une ressource limitée, et nous approchons dangereusement du point où nous aurons consommé la moitié des réserves. Or, toute notre civilisation est bâtit sur un pétrole bon marché et abondant. Sans lui, tout s’effondre. Et nous pourrions bien l’avoir épuisé dans cinquante ans, voir bien avant, sans qu’une énergie alternative capable de faire rouler nos voitures apparaisse…
Nous disons donc, des Etats-Unis ruinés qui vont sans doute se replier dans un splendide isolement, une Europe condamné à n’être plus l’Europe, une échec du modèle économique, et un
modèle de développement qui va droit dans le mur.. Bref, l’Occident semble condamner à chuter inexorablement. Il survivra certes, en Océanie par exemple, mais ne sera plus que l’ombre de
lui-même. Et après tout, est-ce si grave que ça ? Toutes les civilisations meurent un jour, et il n’y a pas de raison que l’Occident y échappe, surtout après le grand suicide européen de
1914. Historiquement, la plupart des civilisations tiennent entre deux et six siècles. Les romains, les mayas et les khmers ont atteints les six siècles. Or, si on fait commencer la civilisation
occidentale à la Renaissance, nous atteignons en ce moment même les 600 ans… La science, la technologie et l’innovation permettront-ils à l’Occident de surmonter cette crise et de survivre ?
En théorie, peut-être. Dans les faits, j’en doute. J’en doute fort.