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Mercredi 31 décembre 2008

Ca-y-est, ça a pété. Excédé par les tirs quotidiens de roquettes qui font vivre aux habitants de Sederot un enfer permanent, le gouvernement israélien a enfin décidé de lancer une grande offensive visant à expliquer au Hamas le sens des responsabilités. Grande nouvelle chez les palestiniens, toutes les actions ont des conséquences, et quand on tire des roquettes sur la population civile de son voisin sans aucune raison, ledit voisin a tendance à ne pas très bien le prendre. On se demande pourquoi. Franchement, si la Suisse s’amusait à bombarder Grenoble sans qu’un seul centimètre carré suisse soit occupé par l’armée française, qui doute une seule seconde que Nicolas Sarkozy n’inviterait pas les dirigeants suisses à prendre une bière pour rigoler un bon coup ? (Remarquez, vu l’état de l’armée française, je me demande si ça n serait pas la seule chose à faire…)

Plus sérieusement, j’ai le sentiment que l’opération « plomb durci » est le signe qu’Israël s’est enfin totalement désengagé de la bande de Gaza. Du temps de l’occupation, les tirs de roquettes et les accrochages avec les soldats avaient, qu’on le veuille ou non, une certaine légitimité comme lutte contre les occupants. Ca ne justifiait pas le fait de viser délibérément des civils, et encore moins l’appel à l’extermination des Juifs et d’Israël (que je sache, le Sinn Fein n’a jamais prôné l’extermination des britanniques, malgré huit cents ans d’une occupation bien plus sanglante que ce qu’il y a jamais eu à Gaza, et une politique de colonisation réellement raciste), mais ça fournissait une raison, un prétexte.

Seulement voilà, depuis le retrait israélien, ce prétexte a disparu. Les colons ont été expulsés manu militari et se sont retrouvés sans rien alors que l’Etat les avait soutenus pendant des décennies, les tanks sont partis, et plus un seul drapeau frappé de l’étoile de David ne flotte au dessus de la Bande de Gaza. A la place, seuls flottent les drapeaux palestiniens et, surtout, ceux du Hamas, qui s’est empressé de prendre le contrôle du territoire nouvellement indépendant. Et de faire pleuvoir les roquettes.

Pendant longtemps, le gouvernement israélien n’a pas vraiment réagi, se contentant de bombardements limités guère plus violents que ceux mis en œuvre avant le désengagement. En fait, c’était comme si Israël n’avait pas vraiment réalisé que, avec le désengagement, le Hamas avait perdu toutes ses justifications internationales. Et de fait, Israël peut enfin frapper massivement, les civils ne relevant plus de sa responsabilité mais de celle du Hamas. Ajoutez à cela qu’Hassan Nasrallah, après la guerre de l’été 2006, a dit qu’ils n’auraient pas attaqué Israël s’il avait su que la riposte allait avoir cette ampleur, et vous comprendrez qu’Israël a tout intérêt à utiliser la force de manière disproportionné pour remettre les choses à leur place, et permettre aux habitants de Sederot d’emmener leurs enfants dans des parcs à jeux.

 

A coté, évidemment, les diplomates internationaux s’activent pour arriver à un cessez-le-feu. Mais pour quoi faire ? Le dossier Proche-oriental démontre toute la faiblesse intrinsèque des « militants de la paix » (pour reprendre la dénomination pompeuse dont ils se parent). Il n’y a guères de doute que, à plus ou moins court terme, ils vont réussir à parvenir à un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas et que, pour quelques semaines ou quelques mois, la région sera calme. Et il n’y a absolument aucun doute que ce cessez-le-feu ne tiendra qu’un temps très limité et que la guerre reprendra après.

Pourquoi ? Et bien à vouloir à tout prix arrêter les combats, les militants de la paix ne font que maintenir le statu quo. Ca permet de sauver des milliers de civils et d’éviter une catastrophe humanitaire, ce qui n’est quand même pas négligeable, mais le problème est que ça ne règle aucun des problèmes de fond qui ont provoqués le conflit. Alors ils nous répondent que, pour ces problèmes de fond, il faut négocier. Mais, outre le fait que j’imagine mal Israël négocier son droit à exister et celui des Juifs à ne pas se faire tuer jusqu’aux derniers, ils oublient qu’il y a des situations où la négociation est bloqué. Et dans ces cas là, seule une modification du statu quo peut permettre aux négociations d’évoluer.

Supposons que je veuille annexer votre colline. En toute logique, vous allez vous défendre et tenter de tuer le maximum de mes soldats pour m’en empêcher, votre but étant que le coût de la prise de la colline soit plus élevé que ce qu’elle me rapportera. Après une première escarmouche, l’ONU intervient et nous force tous deux, à grand coup de pressions économiques, à parvenir à un cessez-le-feu et à nous assoir à la table des négociations. Et là, nous ne parvenons pas à un règlement. Je veux votre colline, vous le refuser. Comme il ne peut y avoir d’affrontements, la situation est gelée, nous restons tous deux les armes à la main à nous regarder en chien de faïence et à attendre que CNN aille mettre ses caméras ailleurs pour recommencer à nous entretuer. Dans cette situation, l’ONU a évité des affrontements, des morts et des réfugiés, mais elle n’a rien réglée. Ce qui règlerait la situation, ce serait une évolution du statu quo permettant à l’un des deux camps de prendre l’avantage sur l’autre dans les négociations.

Certes, la simplification est extrême. Mais sur le fond, c’est à peu près ça que nous voyons au Proche-Orient. Les négociations sont bloquées depuis des années, parce qu’aucun camp n’est prêt à faire de concession suffisantes pour l’autres. (Ce qui en dit long sur les exigences du Hamas : le retrait complet de Gaza, ce n’était pas une sacrée concession ?) Ce qui pourrait les pousser à en faire, ce serait une évolution de la situation sur le terrain. On peut certes espérer qu’à l’usure, les différents protagonistes finissent par réussir à se mettre d’accord, un peu à la manière de la guerre-civile ivoirienne qui s’est terminée en accord de paix après des années de statu quo, les deux belligérants séparés par les Casques Bleus et l’armée française. Mais on peut douter qu’une telle évolution s’applique à Gaza.

Déjà, parce qu’en Côte-d’Ivoire, nous avions affaire à deux clans qui voulaient prendre le pouvoir. C’étaient des gens que certes je n’inviterai pas à ma table, mais qui n’en restaient pas moins raisonnables et rationnels. Alors qu’à Gaza, nous avons d’un coté un Etat à tendance parfois paranoïaques pour d’évidentes raisons historiques et qui chercher à assurer la mission première d’un Etat, à savoir protéger ses citoyens, et de l’autre une milice intégristes dirigée par des illuminés et composée par des fanatiques. En clair, un Etat qui cherche à faire respecter ce qui est sa base même (la France a tendance à l’oublier), et une milice totalement irrationnelle qui vit et prospère sur le chaos, la misère et la destruction, et a donc tout intérêt à le prolonger.

En plus de la différence des acteurs, il y a aussi le problème démographique qui est fondamental. Toute guerre est démographique, de près ou de loin, or Gaza est la zone au monde qui a le plus fort taux de croissance démographique (avec l’Egypte). En plus, c’est un tout petit territoire. Ca veut dire concrètement qu’on peut faire tout et n’importe quoi, mais que la guerre n’arrêtera pas tant que les habitants de Gaza continueront à faire autant d’enfants, mais aussi que la bande de Gaza se sera agrandi ou que sa population aura diminué via l’émigration (ou la famine si on veut un cauchemar à l’irlandaise).

 

Tout ça pour dire quoi ? Que l’ONU, le Quartette et les « militants de la paix » peuvent bien faire ce qu’ils veulent, Gaza restera une zone de guerre pendant de longues années encore. Et vous connaissez la meilleure ? C’est que fondamentalement, à part Israël et l’Egypte (qui soutient l’opération israélienne soit dit en passant), tout le monde s’en fout. Qu’est-ce que vous voulez, géopolitiquement, l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran et la montée en puissance de la Chine sont des éléments un peu plus importants. Il n’y a guère que la presse française qui ne s’en est pas rendu compte.
Et bon courage aux soldats israéliens, qui ont mon total soutient dans cette bataille.

Par Gabriel Bendayan - Publié dans : Moyen-Orient
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