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Un jeune lieutenant du 2ème REP (Régiment Etranger Parachutiste) a été mit en examen et incarcéré suite à la mort d’un de ses hommes au cours d’un exercice à Djibouti. Je
vous invite à lire l’article
de Jean-Dominique Merchet sur ce sujet. Il est certes toujours hasardeux, dans le cas d’une affaire judiciaire, de juger en se basant
uniquement sur les rapports de presses, trop souvent des innocents ont été lâchés à la vindicte populaire par des journalistes guère professionnels. Mais je lis le blog de Jean-Dominique Merchet
depuis quelques temps déjà, et j’ai l’impression qu’il est un journaliste honnête et scrupuleux, aussi je choisis de croire sa version. Néanmoins, si la responsabilité du lieutenant me paraît
grave et justifiant largement une mise en examen, il ne faut pas exonérer l’encadrement du 2ème REP de ses responsabilités : ainsi, le lieutenant menait sa première mission, et
son sous-officier adjoint était absent.
Ce qui me frappe dans cette affaire, c’est les carences graves du processus de sélection et de formation au sein de l’armée. Le soldat mort n’avait, de toute évidence, pas sa place dans un régiment d’élite comme le 2ème REP. Quand au lieutenant, malgré des notes semble-t-il brillantes à St-Cyr, il s’est montré incapable de commander comme il aurait dû le faire.
Je suis franchement surpris du fait qu’un soldat du 2ème REP n’ait pas été au niveau. La Légion Etrangère est le seul corps de l’armée française à ne souffrir d’aucune difficulté de recrutement (huit candidats par poste libre) et, donc, est le seul corps de l’armée française à sélectionner réellement ses engagés. En plus de ça, le 2ème REP est le plus dur des régiments de la Légion (autant dire le plus dur des régiments de toute l’armée française), seuls les meilleurs des légionnaires sont sensés pouvoir y accéder. Il y a donc manifestement eu un problème quelque part.
A coté, le lieutenant avait, lui, toute sa place au sein du 2ème REP, étant très bien noté. Mais, malgré un parcours universitaire brillant, malgré d’excellentes notes à St-Cyr, il n’était en fait pas apte à commander. Sans doute, si son adjoint l’avait accompagné, le drame aurait été évité, le jeune officier aurait beaucoup apprit de son subordonné très expérimenté, pour ensuite devenir un bon officier et faire une brillante carrière.
Par une erreur inadmissible de ses supérieurs, ce jeune lieutenant sans expérience s’est retrouvé à devoir dirigé un exercice extrêmement difficile, à la tête de soldats particulièrement durs. Et malgré ses notes brillantes, il n’a pas été à la hauteur. Pourquoi ? Outre le très normal manque d’expérience, il y a un problème inhérent au système de recrutement des officiers : quand ils arrivent à la tête de leur section, ils n’ont, pour tous ceux issus du recrutement traditionnel, aucune expérience réelle de ce qu’est l’armée de l’intérieur, et encore moins du combat. On leur demande de commander, alors qu’ils n’ont jamais eu à obéir. Or, peut importent les tests en tout genre, surtout quand ceux-ci sont purement universitaires, on ne peut savoir ce que donnera un officier en situation réelle tant qu’il n’y a pas été.
En bon fan de Robert A. Heinlein et d’Etoiles, gardes à vous ! (d’où est d’ailleurs
tirée la citation ornant ce blog), j’estime que le meilleur moyen est tout simplement de ne recruter les officiers que parmi les soldats ayant déjà un certain temps d’expérience. Cela permet non
seulement de s’assurer que les
officiers
ne sont pas des blancs-becs sans expérience qui ne connaissent rien de concret à ce qu’ils vont faire, mais aussi de se prémunir contre une éventuelle cassure entre les officiers et le reste de
la troupe. C’est le système en vigueur dans l’armée israélienne, et ça a produit des officiers qui sont probablement parmi les meilleurs de l’ensemble du monde occidental.
Mais ce système est inapplicable en France, pour une simple et bonne raison : si Tsahal est une armée de conscription et de réservistes, composée de soldats-citoyens, qui à ce titre ne souffre d’aucun problème de recrutements, l’armée française est une armée professionnelle, qui connaît de gros problèmes pour recruter ses soldats. Imaginez maintenant que l’on propose aux officiers en devenir de passer un an comme sous-fifre avec, s’ils font leurs preuves, peut-être la possibilité de devenir officiers : le nombre de candidatures va, assurément, chuter fort rapidement. (En plus, cela imposerait à l’armée de financer par la suite des études, au moins au niveau licence, pour ses officiers qui n’auraient guère que le bac en poche, car il est essentiel que les officiers ne se contentent pas d’être des guerriers mais soient aussi des penseurs. Or, ça ce révèlerait fort coûteux, ce qui ne semble pas d’actualité à l’heure du Livre Blanc…)
Comment s’en étonner ? Comment s’étonner que la société française ne fournisse plus suffisamment de jeunes, brillants scolairement, qui soient prêts à s’engager pour leur pays en prenant des risques non seulement pour leur vie, mais aussi pour leur carrière ? L’idéal de la jeunesse d’aujourd’hui, ce qui est tendance, c’est de se bourrer la gueule et de bloquer la fac, pas de servir son pays. Rien n’est plus ringard que d’éprouver ne serait-ce qu’un peu de respect pour l’armée et les soldats, sans même parler d’admiration pour les meilleurs d’entre eux.
Résultat, on se retrouve avec un corps d’officier qui frôle la consanguinité, nombre de St-Cyrien étant issus de famille d’officiers (on trouve le même problème, bien que ça soit moins grave, dans le corps des sous-officiers), à tendance très vieille France, et franchement coupé du reste de la société. C’est certes en partie normal (les fils d’officier ayant naturellement la culture d’officier), mais outre le fait que ça provoque une cassure entre l’armée et la nation, ça ne permet même pas de trouver les valeurs qu’on aimerait voir peupler le corps des officiers de l’armée française : ainsi, les meilleurs classés au sortir de St-Cyr choisissent, la plupart du temps, la Gendarmerie ! Et oui, les officiers aussi veulent avoir une vie tranquille et reposante… Qu’est-ce que vous voulez, si le sens du devoir, le sacrifice, le patriotisme et le désintéressement sont ringards, ça produit ça.